À Vannes, le dimanche 01 août 2010, 06h48.
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Interview
Fermeture des bars : « On prend en otage un pan de l’économie départementale »

Jean-François Sérazin, président de l’Union des métiers de l’industrie hôtelière

Un arrêté préfectoral vise à fermer les bars après minuit dans le Morbihan. Un projet fortement contesté par les professionnels, notamment par Jean-François Sérazin, président de l’Union des métiers de l’industrie hôtelière. Depuis ce lundi, il a entamé une grève de la faim.

Le Mensuel du Golfe du Morbihan : Depuis lundi soir, vous êtes en grève de la faim pour protester contre le projet de fermer les bars et restaurants après minuit. Pourquoi  avoir choisi ce procédé ?

Jean-François Sérazin :  « C’est une décision réfléchie. Même si le bureau de l’UMIH (Union des métiers de l’industrie hôtelière, NDLR) n’était pas très chaud pour que je le fasse…

Jusque l? , avec le préfet, ça s’est toujours très bien passé. Pourquoi, d’un seul coup, il décide de mettre un "couvre-feu" pour les bars, les cafés et les restaurants ? Je ne comprends pas… Lui dit qu’il n’a pas le choix. Pourtant, beaucoup de ses collègues l’envient sur la situation positive que connaît le Morbihan. »

Le préfet met en avant une consommation massive d’alcool des jeunes pour expliquer cet arrêté.

« Il n’y a aucun lien entre les accidents graves liés à l’alcoolémie et les entreprises de notre secteur. Le préfet met en avant l’accidentologie avec les soirées étudiantes du jeudi. On ne vend même pas 10% de l’alcool consommé. Le reste est acheté en grande surface. En quoi les professionnels sont-ils mêlés à ça ? »

Ce projet de fermeture peut-il avoir des incidences économiques sur la profession ?

« On prend en otage un pan de l’économie départementale. A minuit, les bars, cafés et restaurants devront dire aux gens de rentrer chez soi. Vous croyez que vous allez dire aux clients de commencer à déguerpir de l’établissement à 23 h 30 ? C’est inadmissible. »

Qu’envisagez-vous de faire ?

« Je suis prêt à aller jusqu’au retrait de ce projet d’arrêté préfectoral. C’est pour cela que je fais et que je continue cette grève de la faim. Je ne comprends pas le comportement du préfet. On va se rapprocher de la préfecture. La situation est ridicule. J’attends une discussion qui soit constructive et positive. Et je parlerais au préfet seulement s’il décide de revoir cet arrêté. »

Des actions sont-elles prévues ?

« Nous prévoyons de faire des manifestations. Il y a des gens qui souhaitent monter au créneau dès maintenant. Je pense qu’il faut plutôt s’organiser et mutualiser ses efforts pour arriver à ses fins. »

Propos recueillis par E.D.



1 réaction.
jegthegui, 5 mai 2009, 21h58
Je ne vois surtout pas en quoi cette mesure aura des effets positifs en ce qui concerne les consommations abusives...

Les jeunes qui consomment le font en grande majorité chez eux, ou dans la rue. En effet, les plus jeunes, qui sont en général ceux qui consomment de manière massive, n'ont pas assez d'argent pour se "payer" leur cuite dans un bar ou un restaurant.

De plus, quelles conséquences peut avoir cette mesure (je ne parlerai pas des conséquences économiques qui en découlent) en terme de consommation ? On peut assister lors de concerts, ou de festivals, qui ne permettent pas aux jeunes de rentrer avec leurs bouteilles, que ces jeunes consomment massivement avant de rentrer sur les sites. Conséquences -> comas ethyliques, violence et jeunes "chiants".

Que pourrait-il se passer donc si les bars fermaient à minuit ? Les jeunes vont dans les bars, boivent plus vite, sont plus rapidement ivres. Arrive minuit, pas assez d'argent pour aller en discothèque ou trop tôt pour y passer toute la nuit, les consommations étant trop chères...

Comme de nombreux autres jeunes, ils vont donc se retrouver, soit chez eux, soit dans la rue pour consommer à nouveau. Dans un bar en général on n'ose pas faire n'importe quoi, se "l'cher", le bar a un rôle de contrôle social. Chez soi ou dans la rue, on fait à peu près ce qu'on veut...

Pire encore, ces jeunes qui sortiront plus tôt du bar ne seront-ils pas plus tentés de prendre leur voiture à cette heure ? Et ne le prendraient-ils pas pendant une alcoolémie qui monte encore ?

Les nuisances sonores, les consommations massives d'alcool ne prendront pas fin avec des mesures répressives. Au mieux elles seront avancées dans la nuit, au pire elles dureront plus longtemps.

En terme de santé publique, cette décision est en contradiction avec les tendances à la hausse du "binge drinking". Avec cette mesure on favorise les consommations d'alcool rapides, qui font perdre la tête et engendrent des problèmes de santé, de chahut, de violence et parfois de vandalisme.

Quand en France prendra t-on le problème à la base, avec des actions concertées et réfléchies basées sur la prévention plus que sur la répression ?

Les jeunes n'arrêteront pas de boire parce que les bars ferment plus tôt. Ils se défonceront plus souvent chez eux ou dans la rue voilà tout. C'est d'autant plus dangereux qu'on sait qu'un verre servi à la maison contient entre deux et trois fois plus d'alcool pur qu'un verre servi dans un bar.

Il est nécessaire aujourd'hui de créer des actions positives, de créer les conditions de bien être des jeunes qui se voient transmettre les angoisses de leurs parents, il faut expliquer aux parents que l'alcool n'est pas anodin, il faut informer sur les risques, il faut réduire ces mêmes risques en globalisant les actions de prévention, en développant les actions de réduction des risques en milieux festifs, en baissant le prix des ethylotests, en baissant le prix des consommations sans alcool, en agissant sur le chômage, en favorisant l'accès aux sortis culturelles, en encadrant les fêtes, en faisant confiance aux jeunes en les responsabilisant, en les faisant devenir acteurs de leur santé...

Tout simplement, en créant les conditions d'une vie meilleure dans le Morbihan, et sûrement pas en restreignant les dernières libertés individuelles...
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