Episode II : De Kaboul à Nijrab

Hélicoptère Caracal sur l'héliport de Nijrab, vallée de Kapisa.

Pour un jeune occidental moyen, la guerre se résume aux films de Coppola, aux documentaires télévisés, complétés d'une bonne dose de vidéos matées sur Dailymotion les nuits d'insomnie. Unique expérience militaire : la fameuse Journée d'appel à la défense nationale. Huit heures avachi sur une table à regarder des films à la gloire de l'armée française.

En Afghanistan, la guerre se perçoit avant même l'atterrissage de l'Airbus sur l'aéroport de la cité aux cerfs volants. « En raison de l'environnement de Kaboul, nous allons éteindre les lumières de la cabine et vous demander de bien vouloir baisser les stores », prévient le commandant de bord. Le retour sur terre s'opère dans un noir quasi complet, avec pour seul repère, les yeux injectés de sang d'un steward, sous-officier de l'armée de l'air, pas rassuré pour autant.

Les portes de l'avion s'ouvrent sur un décor post-soviétique. Baignant dans une lumière crue, distillée par des spots puissants, une large esplanade est encadrée de hautes colonnes, vraisemblablement érigées par l'armée rouge. Au bout du tarmac, un énorme avion US côtoie une ambulance, stationnée tous feux éteints. « Vous vous alignez en rang, par six, et vous bougez plus ! » hurle un officier. La piste est battue par un vent violent. Il fait froid et la fatigue du voyage n'arrange rien. La poussière irrite les yeux. Elle s'engouffre dans les narines. Les 240 Français qui descendent de l'avion vont rester ici six mois. Nous, dix jours, c'est bien suffisant. Après quelques minutes d'attente, on marche en rang dans un silence troublé par le vacarme des groupes électrogènes. Ni douane, ni formalité. L'accueil est assuré par un officier juché sur un conteneur. « Bienvenue en Afghanistan. » Pays martyr, pays de sang.

 

Tympans qui saignent

 

Pas le temps de souffler. Deux jeunes militaires vous pressent dans un gros 4X4 civil blindé. Direction: le détachement des hélicoptères français, installé en bout de piste. Làà, des pilotes attendent. Un colonel sera du voyage. C'est un psychiatre. Famas (le fusil d'assaut de l'armée française) en bandoulière, le toubib se rend aussi en Kapisa, panser les plaies invisibles des gars qui y travaillent depuis cinq mois.

Le chef de bord du Caracal (l'hélico français) nous briefent, le temps d'enfiler casque lourd et gilet pare-balle. « Y'en a pour 25 minutes de vol. Vous accrochez tous vos sacs, vous fermez vos poches... A l'arrivée, vous sauterez quand je vous le dirai. Je vous le répète : durant le vol, ça risque de beaucoup bouger. Si vous avez envie de vomir, vous regardez le plafond. En règle générale ça passe. Mettez vos Babs (bouchons d'oreille) parce que si ça tire, vos tympans vont saigner. »

Là-haut, effectivement, ça tangue. Un vent violent pénètre par les portes ouvertes de l'appareil qui bondit dans les trous d'air. C'est une course folle, tous feux éteins, au ras du sol. Eviter de regarder en bas... mieux vaut se concentrer sur l'attitude des mitrailleurs. Deux d'entre eux sont installés aux portes de l'hélico, les pieds dans le vide, les doigts sur la gâchette, le regard absorbé dans leurs jumelles de visions nocturnes. Leur attitude fait office de thermomètre pour jauger un danger palpable mais invisible.

Poussière, stress et boucan d'enfer. L'atterrissage sur la base française de Nijrab* s'effectue dans une obscurité quasi totale. On saute, on court les sacs en bandoulière. Dans notre dos, l'hélico re-décolle déjà . Au bord de la piste se détache la silhouette d'un homme. On ne le sait pas encore, mais c'est avec lui que nous allons passer l'intégralité du séjour. Il s'agit de notre officier de communication, le gardien du temple des secrets, Gentil Organisateur d'un club un peu spécial.

 

*Située à 80 km à l'est de Kaboul, dans la province de Kapisa

 

Demain, retrouvez la suite : "Premier matin en Kapisa, la vie à Nijrab et Tagab"

Mots clés :
RÉAGIR
*
*
*
*Informations obligatoires.

 Au sommaire
   Feuilletez un magazine
     S'abonner
   Facebook    Twitter
     RSS   + Favoris

La lettre d'info


 
L'actu en image - toute l'actualité de la région du Golfe du Morbihan en photo
Interviews, analyses, phrases chocs...
RCV Rugby Club Vannetais La saison en images 2010-201 LeMensuel.com

DIXIT...

Joël Labbé démissionne de la présidence du Parc naturel du Golfe
© lemensuel.com scrib editions - en morbihan et a rennes - developpement typo3 : geatan marmasse + oblady - webdesign + integration typo3 : samson gilles - hebergement : oblady