Nijrab, 7 h 30, le premier matin. C'est un peu comme si la nuit continuait, que nous rêvions éveillés. Un songe guerrier. Pour aller petit déjeuner, il faut quitter le quartier des officiers et traverser la base. Une ruche, où des chars croisent des camions afghans bariolés, où les hélicoptères de combat atterrissent et décollent. 20 hectares de poussière, de tentes, de béton, encadrés de barbelés et de miradors, sortes de donjons new age, bardés d'antennes, juchés sur des containers, où s'abritent des guetteurs armés de grosses mitrailleuses pointées vers les vallées. La base ressemble à un vaste chantier. Des ouvriers afghans y construisent des bâtiments en dur, signe que le conflit ne va pas s'arrêter de durer.
En marchant, on salue poliment. Les gars que l'on croise sont en treillis, en survêt' ou en short. Tous portent le Famas en bandoulière. Le p'tit déj' se déguste sous une vaste toile qui protège du soleil. Autour, des montagnes ocres s'élancent vers un ciel azur.
Un cauchemar nommé roquette
Nijrab au nord, Tagab au sud. Les deux implantations françaises sont séparées de 18 km. En Kapisa, les hommes se battent dans un mouchoir de poche. « C'est comme-ci on menait des opérations entre Vannes et Meucon », s'amuse le capitaine Michel. La base de Nijrab est installée sur un promontoire. Elle surplombe la vallée et domine le petit village de Magtab, 150 habitants, une rue défoncée, pas d'eau, pas électricité mais « d'improbables » réverbères surmontés de panneaux solaires. 18 km plus loin, la base de Tagab, elle, jouxte la ville du même nom. Le minaret bleu de la mosquée municipale se trouve à portée de tirs français. Trop enclavée, trop proche de la ville, chez les soldats, Tagab affiche la plus mauvaise réputation. On vous le fait savoir dés que vous y arrivez. L'officier qui vous accueille commence par vous montrer votre chambrée. Une tente renforcée par du contreplaqué, équipée d'une clim' réversible. Ensuite, il vous indique votre abri. Un simple U de béton inversé. Principale crainte, ce sont les roquettes (crainte partagée à Nijrab). On les appelle les Chicom (« Chi » comme Chinoise, « com' » comme communiste). « De vraies saloperies », explique l'officier. Capables de projeter des billes d'acier incandescentes jusqu'à 50 mètres. Pour illustrer son propos, le militaire nous en exhibe une, saisie par les Forces spéciales. Puis, il nous conduit devant les dégâts qu'elles occasionnent : un gros trou dans un mur de béton. Rappel des consignes de sécurité : « Quand ça tire, il y a deux explosions, précise l'officier. Celle du départ de la roquette et son impact. Entre deux, elle émet un sifflement caractéristique. Je vous préviens, l'alerte sonne rarement avant le premier tir... En générale, il y en a plusieurs. Alors, quand vous entendez la sirène, allez vous planquer. Par contre, ne sortez pas si la sirène ne sonne pas. Une nuit, y'a des collègues à vous qui sont restés des heures sous l'abri. En fait c'est notre artillerie qui tirait. »
La nuit
En Kapisa, l'obscurité tombe vers 17 h 30. Eclairages de combat obligatoires. A 18 h, les militaires se rendent au bar du camp, consommer la seule bière autorisée par jour et par homme. Là , dans la pénombre, sous les bâches de camouflage, ils se narrent leurs exploits de la journée. Peu après 20 h, chacun regagne sa tente. La plupart des hommes regardent des films, jouent à des jeux vidéos ou dorment déjà. Pour nous, le sommeil est plus difficile à trouver. Stress du lendemain, ronflement de son voisin... La nuit, la guerre sait aussi rappeler sa présence. Les hélicoptères frôlent les toits. De temps en temps, les mortiers entrent en action. En général, les artilleurs tirent des obus éclairants pour dissuader toute attaque. Tirs « amis » ou frappes « ennemies » à Nos oreilles de néophytes doutent. Alors, on attend la sirène, casque et pare-balles à portée de mains...
Demain, retrouvez la suite : "La guerre au milieu de la population"
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