Episode VI : Embedded, la communication et l'armée

Sur le terrain, l'officier de communication assure la "sécurité rapprochée" du journaliste.

« Je suis le Commandant Vareilles, officier en charge de la communication du GTIA Kapisa*. Vous pouvez m'appeler Frédéric. » Sur le camp, « l'off' com' », c'est la nounou du journaliste. C'est lui qui vous réveille, vous emmène petit déjeuner, déjeuner, dîner, boire une bière, manger une pizza... Il règle le programme des journées, vous dit ce qu'il est possible de faire ou pas, vous cale vos rendez-vous... La plupart des interviews se déroulent en sa présence. Les dialogues s'en trouvent forcément biaisés. Officiers supérieurs mis à part, lorsque l'on pose une question, l'interlocuteur vous répond souvent en regardant l'officier communication... 

Embuscades bien réelles
Nous sommes embedded*. Un concept largement utilisé par l'US Army lors de la seconde guerre d'Irak. Le journaliste est embarqué. Il partage le quotidien des soldats, ses missions, ses galères. Une réalité naturellement encadrée. Les contacts avec la population se déroulent forcément en présence des militaires. Notre liberté de mouvement se réduit aux quatre coins de la base : « question de sécurité ». Dans ces conditions, l'ambition de notre reportage doit se limiter au quotidien des soldats.
Dans ce domaine, pas de problème. Toutes les questions sont permises. Sauf rares exceptions, elles trouvent une réponse**. Parfois langue de bois, mais quand même. Hormis quelques prises de vue bien spécifiques, la liberté de photographier est également totale. Lors de notre reportage, le programme fixé par l'off' com' a même pu être chamboulé à notre demande, pour nous permettre de « couvrir » des opérations de reconnaissance très exposées (déminage, ouverture de routes..., lire Le Mensuel de novembre). Sur le terrain, rien n'est « scénarisé ». Le danger, les tirs d'artillerie, les embuscades sont bien réelles. La tension partagée avec les soldats aussi.
Sur la base française, les contacts avec les officiers s'avèrent aisés. Accessibles, ils se révèlent pédagogues et passionnés. Certains apparaissent aussi particulièrement « briefés », préparés à faire face aux questions des journalistes. Ils manient alors les « éléments de langage » avec plus ou moins de tact en fonction de la sensibilité du sujet abordé.  Discrètement, d'autres s'avèrent aussi loquaces, soucieux de décrire leurs réalités, sans chipoter.
Dans cet exercice embedded, la véritable difficulté est de pouvoir disposer d'un moment pour discuter, peinards, avec les « hommes du rang ». Sur le camp, la présence de l'off' com' ne favorise pas le contact. Moments privilégiés : les patrouilles. Facteur favorable : nous sommes quatre journalistes et le commandant ne peut être partout. Du coup, les « gars » causent, souvent prolixes. Très contents de pouvoir narrer leur savoir faire, de montrer leur compétence. Considération tactique, fonctionnement du Canon de 20 mm, rôle « vital » du « viseur d'acquisition rapide » monté sur leur Famas et financé à leur frais... Parfois, les soldats se montrent aussi surpris. « Ça fait bizarre que vous veniez nous parler, confie un fantassin, lors d'une pause dans « l'hôtel » Alasay. D'habitude, avec les journalistes, y'en a que pour les officiers. »

Retrouvez le dernier épisode demain : « Soldats, fierté et bleus aux âmes. »

*GTIA = Groupement tactique interarmes. Il regroupe la Task force Korrigan, en charge de la Kapisa, composée d'environ 700 Français en tout.
**Il serait malhonnête de ne pas reconnaître que ce « concept » a aussi permis aux Mensuels de pouvoir entrevoir et rapporter à ses lecteurs le travail réalisé par les soldats bretons déployés en Afghanistan. Une initiative qu'ils n'auraient pu offrir sans les deniers du ministère de la Défense.
***Notre confrère du Télégramme n'a pas été autorisé à rencontrer un soldat blessé lors d'une embuscade. Une rencontre avec le psychiatre du camp s'est également révélée impossible.

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Auteur : KT et RJ
  2 réactions
rebelle ou pas rebelle ?

rebelle ou pas rebelle ? un petit jeu dangereux qui pousse vite a la bavure.
Qui dit bavure du population en colère et le cercle de la haine n’amène jamais rien de bon

rebelle ou pas rebelle ? tu le découvre une fois que tu t'ai pris une rafale de kalachnikov
lynx5, 4 décembre 2011, 16h44
Information = précaution!

Il est absolument nécessaire et indispensable de "filtrer" l'information qui sort de la vie d'un détachement en opérations. Ce sont des brides regroupées et recoupées qui donnent de vraies données, ce sont de petites indiscrétions qui peuvent couter la vie à des hommes ! Si nous devons saluer et accueillir le "pro de l'info" celui -ci a des devoirs! Pour sa propre sécurité et celle des soldats....pas une seule Famille n'accepterait de voir son mari, son fils ou son fiancé rentrer mort à cause d'une diffusion maladroite d'info! Deux d'entre eux le payent actuellement, LE SCOOP POUR LE PRIX DE LA MORT DES HOMMES...non, restons discrets, MERCI
COUTARD, Vannes 25 mars 2011, 16h50
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