À Vannes, le dimanche 01 août 2010, 07h11.
publicité
Episode VII : Soldats, combats, fierté et bleus à l'âme

Patrouille en vallée d'Alasay le 12 octobre.

 

« Z'êtes de Vannes ?! Nan ! C'est vrai à Moi, Ch'uis d'Arradon ! C'est comment Arradon à Ça a changé depuis qu'on est partis ? » Les occasions manquent. Mais le contact avec les hommes s'avèrent relativement simples. Certes, certains se méfient. Au sein des bases, la presse a parfois mauvaise presse. On lui reproche notamment son manque d'objectivité. L'argument de la proximité joue cependant en notre faveur (la presse locale, y'a que ça de vrai).

La plupart des hommes semblent apprécier que l'on s'intéresse à leur quotidien. Alors, ils se livrent, partagés entre leur fierté de servir et leurs états d'âme, distillés sans avoir trop à insister. « Tout le monde est fier d'être ici, assure un capitaine (…). L'Afgha, c'est LA mission. C'est la plus belle que l'on peut effectuer aujourd'hui. Pour moi, c'est un privilège d'être ici. On défend une cause juste. On sert la France, on sert l'Etat. Je me sens utile. » « L'Afghanistan, c'est à faire une fois... mais une fois... », tempère un radio.

« Marre de servir de cible »

La stratégie de la coalition à La légitimité de l'intervention occidentale en Afghanistan à Quelques militaires rechignent à répondre : « Je ne suis pas habilité à vous parler. » D'autres préfèrent ne pas se poser trop de questions : « Est-ce que c'est nous qui créons l'insécurité à Est-ce que ceux sont les Talibans à C'est un peu comme la poule et l'oeuf. La poule est-elle arrivée avant l'oeuf à Ou vice-versa à On a des chefs, ils sont l? pour prendre les décisions. » Quelques uns, aussi, doutent franchement. Notamment de la stratégie française qui consiste à « faire le moins de morts possible ».  « On en a plein le c.. !, peste un jeune soldat qui nous interpelle discrètement sur la base de Nijrab. Tant que l'on n'aura pas le droit de nous infiltrer dans les montagnes pour les taper de loin quand on les voit (les insurgés, NLDR), on n'avancera pas ! Il faut que l'on puisse instaurer un climat d'insécurité chez eux. On en a les moyens, les compétences... mais les gradés ne veulent pas. Ils sont focalisés sur ce que pense l'opinion publique. Si on tire sur une voiture avec six gars dedans, dont cinq armés, l'opinion va retenir qu'on a buté un mec qui n'était pas armé. Moi, je dis que ça fait 5 Talebs qui ne nous tireront pas dessus le lendemain. On ne peut pas continuer comme ça. J'en ai marre de servir de cible avant d'avoir le droit de tirer. »

« Je serais le premier à prendre les armes contre des types comme nous »

Par moment, c'est une résignation teintée de lassitude qui pointe. Les cinq Bretons tués ?  « Vu le nombre de TIC (Troops in contact, les embuscades, NDLR), c'est un miracle ce bilan. On a beaucoup de chance », estime un sous off' éreinté par le harcèlement incessant des insurgés. Fatigue, tension nerveuse, les gars se disent tous vannés. « Suis claqué. J'en ai marre, témoigne ainsi Eric. Dire qu'il reste un mois et demi à tirer, je ne sais pas comment on va finir. On part le matin à 5 h. On rentre à 17 ou 18 h. On a les ordres pour la mission du lendemain vers 21 h, les contre-ordres qui tombent parfois encore plus tard... Vous vous imaginez à Avec la chaleur, le stress, la poussière. On se tape tous les jours des journées de 14 h ! » « On a eu notre dose. C'est bon, il est temps que l'on se casse », assène Thierry. Au détour d'une patrouille à Alasay, un sous-officier aguerri nous indique même qu'il songe sérieusement à quitter l'armée une fois rentré en France: trop de stress, trop de questions.

Parfois, les jeunes gars semblent dépassés par le comportement de leurs ennemis, qui se « planquent derrière les civils, les écoles, les cliniques... » Certains d'entre eux laissent poindre leur haine contre cet ennemi, invisible, qu'ils estiment dénué « de tout scrupule ». D'autres, au contraire, les comprendraient presque : « C'est normal aussi... Tu te vois, toi, avec des gars armés comme nous qui se baladent dans ton village à Qu'est ce que tu crois... moi aussi je serais le premier à prendre les armes contre des types comme nous », confie un caporal chef.

Au milieu de ces sentiments mêlés, les soldats se montrent tous soucieux de ne pas tomber dans l'oubli. « Qu'est-ce qu'ils disent de nous au pays à On parle de nous à Est-ce qu'on parle de l'Afghanistan ? » Leur délicat travail à Il le mène avec professionnalisme et les moyens du bord. Et ça, ils veulent que cela se sache. Comme le résume ce toubib, basé à Tagab, qui nous raccompagne à l'hélicoptère qui nous reconduits à Nijrab, le 12 octobre : « Bon retour ! Faites nous quelque chose de bien, ça fera plaisir aux gars. Il faut que les gens sachent qu'ici, on fait un putain de boulot et, surtout, qu'on n'est pas venus pour rien. »

KT et RJ



Aucune réaction.
RÉAGIR
*
*
*
*Informations obligatoires.

publicité

La lettre d'info

DIXIT...

François Goulard, député-maire de Vannes
publicité