Rideau. La 33e édition des Rencontres Trans musicales de Rennes prend fin en beauté ce dimanche (50 000 entrées toutes salles confondues, selon les organisateurs). Le Mensuel a couru de scène en scène : retour sur trois jours de marathon sonore.
Jeudi 1er décembre
Alors qu’un crachin sournois humidifiait la ville –qui n’arborait pas vraiment une folie digne d’un soir de Trans–, Michael Kiwanuka a tenté de réchauffer les troupes, jeudi soir, à la Cité. Mission pas tout à fait accomplie. Oui, la voix du jeune Anglo-Ougandais enchante par sa pureté. Oui, il y a du grand ancêtre soul en lui. Mais on peu déplorer un manque de rugosité. Enrobées de miel jusqu’à dégouliner, ses compositions ne sont pas toutes dignes de la puissance de son organe. On retiendra la superbe Tell me a tale.
Pressé d’assister au set de Saida Baba Talibah au Liberté, on a honteusement snobé Bumpkin Island (dont la performance a été largement saluée). De son côté, la tigresse Talibah s’est démenée pour imposer son funk-rock métallique dans un Liberté très clairsemé. En vain : on se serait cru Route de Lorient par temps de brouillard, un soir de Rennes-Sochaux. L’Anglaise dispose pourtant de sérieux atouts : voix charpentée, enthousiasme perpétuel et groupe solide. Bémol : ce dernier abuse notoirement des soli, comme au bon vieux temps du hard rock pompier. Un solo de batterie, ça va ; deux soli de batterie + deux soli de guitare + un solo de tuba, la coupe déborde.
Une heure plus tard, Vinnie Who a débarqué tel un Télétubbie en fugue. Imaginez Freddy Mercury sans poils, danois et à peine majeur : vous y êtes. Dans la fosse, beaucoup d’esthètes criaient à l’arnaque. La rédaction du Mensuel s’est même entredéchirée : « Quoi, tu aimes !!!??? » Oui. Et on assume. L’improbable Vinnie, hyper extravagant, drapé d’un châle laid, entouré d’une armée de poulains et pouliches affûtés, susurrant ou hurlant des tubes de stade façon disco seventies avec sa voix de castrat, nous a sincèrement réchauffé le cœur.
Le destroy Lewis Floyd Henry, voix et guitare noyées dans une distorsion baveuse, prompt à gratter sa six-cordes avec les dents, a assuré la transition avant Magnifico. Celui-ci emmène une fanfare balkanique électrique et cuivrée rappelant celle de Goran Bregovitch. Sympathique sans être dantesque. Géniale reprise de House of the rising sun à la mode yougoslave.
Vendredi 2 décembre
On n'a vu que la fin du concert de Za !, mais ce fut suffisant pour prendre une gifle. Ultraviolence et arrangements au millimètre sont les credo de ces Barcelonais dérangés du cortex. Avec son hybridation métal, punk et post-rock, le duo a fait plus de bruit que toutes les fanfares du soir réunies.
Les Norvégiens de Kakkmadafakka ont un nom à coucher dehors et des allures de prétendants à l’Eurovision. Dans un registre très pop de stade, ils oscillent entre génie et absurdité, sans qu’on sache trop s’ils manient le second degré ou le quinzième. Le public a adoré. Capables d’enchaîner dub hypnotique et tube FM, ils annoncent pour le meilleur et pour le pire le grand retour de la pop scandinave (lire Vinnie Who ci-dessus).
Colin Stetson a davantage de souffle qu’un éléphant champion d’apnée. L’incroyable saxophoniste montréalais, seul avec ses cuivres, a hérissé les poils d’une partie du public (l’autre a déserté, le free-jazz planant n’étant pas le genre le plus démocratique au monde). Sa virtuosité confine à la performance.
Pendant ce temps, les Orchestra of Spheres produisaient une mélasse rappelant les Residents dans le hall 4. Hormis leurs chapeaux chinois lumineux et le banjo customisé du guitariste, on n’a pas trop bien saisi l’intérêt de c’t’affaire.
La jolie Hollie Cook a inondé le hall 9 de sourires et de contretemps. Son reggae, absolument pas désagréable, gorgé de soul et de bonnes vibrations, manque cependant d’originalité. L’Anglaise n’a pas retourné le grand hangar.
Silverio a perpétué la tradition du bon goût mexicain dans le hall 9. Vêtu uniquement d’un slip rouge taille basse, tous poils pubiens dehors et raie des fesses apparente, il a envoyé des énormes beats et façonné une électro gros sabots, pas vraiment subtile mais indubitablement efficace.
Samedi 3 décembre
Les Canadiens de Galaxie chantent en français, jouent un rock agressif et plein de bonne volonté. La guitare omniprésente et (trop) forte a malheureusement faussé la cohérence d’ensemble.
L’an passé, The Pack A.D. avait représenté dignement la famille duo rock-blues. Hanni El Khatib a pris le relais en 2011. Uniquement accompagné d’un batteur, le Palestino-Philippin a conquis le hall 3. A la différence de la figure tutélaire White Stripes, le tandem mené par El Khatib dispose d’un vrai batteur qui frappe fort. Bémol : les compositions retiennent moins l'attention que celles de leurs cousins en rouge et blanc.
Quand Jean-Louis Brossard, programmateur des Trans, sort de la coulisse à la fin d’un concert pour pousser le public à provoquer un rappel, c’est signe de communion. Ce fut le cas après le set de Janice Graham Band dans le hall 3. Ces jeunes Anglais ont retourné le hangar avec leur ska empruntant aux grands ancêtres. Clash, Madness, Specials… Les fantômes ont volé bas durant une heure.
Programmés en interlude, les danseurs hip-hop de Pockemon Crew, aperçus la veille au Triangle, ont embrasé le hall 4 avant Spoek Mathambo. Leur performance, impeccable, n’a malheureusement duré qu’un quart d’heure. Le public a redemandé de leurs acrobaties synchronisées, et l’on s’est pris à rêver de Trans ponctuées plus souvent de tels rafraîchissements.
Précédé par une réputation solide, le Français Don Rimini a inondé le hall 9 de secousses électroniques. Très efficace.
Les festivaliers survivants ont assisté à partir de 4 h 45 du matin à un immense moment de rock’n’roll dans le hall 3. Les Wolf People ont débarqué sans faire de bruit, aucun véritable buzz n’a précédé leur venue aux Trans, mais leur génie a tout ratiboisé une fois le quatuor monté sur scène. Ce dernier mélange Black Sabbath, Queens Of The Stone Age et Television dans un chaudron bouillant, les morceaux s’étirent en longueur mais demeurent efficaces, les deux guitaristes se complètent de façon quasi télépathique… Un miracle doté d’un son parfait, largement ovationné malgré l’heure tardive.
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Les québécois, les barjos, votre sélection...les papiers nous ont fait rire, nous ne connaissons pas toutes les références, mais elles donnent aussi envie d'aller fouiner sur Deezer. C'est vraiment bien, ca nous change de certains médias.
Quant aux photos, elles sont vraiment magnifiques ! (vous les vendez ? -:)
On va prêter un peu plus attention à votre site, par nostalgie rennaise (ca nous fais ca à chaque Trans), on l'a mit dans nos favoris. Encore bravo !
Les trans c'etait pourtant bien....